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L'echo de la bourse : blog sur l'actualité économique, la bourse, les marchés, la gestion d'actifs et les placements par un professionnel de la finance de marchés

26 janvier 2009

l'effet multiplicateur

J'ai souvent parlé des plans de relance mais sans jamais mentionner l'effet multiplicateur. Qu'est ce que l'effet multiplicateur ? Prenons une image : quand on jette une pierre dans l'eau, à l'endroit de l'impact se créent des cercles qui se diffusent sur toute la surface. C'est le principe de l'effet multiplicateur :

Pour simplifier, le multiplicateur keynésien (J.M. Keynes) est une estimation de l'impact de la dépense publique sur la demande e donc sur l'investissement. Prenons un exemple :

Les pêcheurs ne supportent plus la hausse du prix du fioul et ne sortent plus du port. Le gouvernement décide de leur fournir des aides "carburant" pour qu'ils reprennent l'activité. Effet multiplicateur : à priori nul.

Reprenons la même situation mais imaginons une réponse différente de la part du gouvernement. Au lieu de fournir des aides, il décide d'octroyer des prêts à taux zéro complétés de crédit d'impôt pour moderniser la flotte et être plus économes en carburant. Effet multiplicateur ? Hausse de la demande de biens (moteurs, etc.), ce qui conduit à des investissements de la part des industriels pour répondre à la demande (carnets de commande pleins, embauche de mécaniciens, commandes de pièces, etc.). Cette solution crée des emplois directs et indirects.

Quelles en sont les limites ?

- Cela suppose que les acteurs ont un accès facile au crédit (ce qui n'est pas le cas actuellement). Afin d'honorer les commandes qui ne sont pas encore livrées et pas encore payées, les entreprises doivent acheter des matières premières et recruter. Cela nécessite des capitaux.

- Le marché du travail est libre. A toute nouvelle offre d'emploi, quel que soit le métier, doit correspondre une demande de main-d'oeuvre non utilisée en recherche d'emploi.

- La demande actuelle se substitue à la demande future. Si vous remplacez toute la flotte de pêche par des navires neufs, la demande de pièces et de navires sera plus faible par rapport à sa moyenne dans les années suivantes.

- La stimulation provenant de dépenses publiques, cela se traduira dans l'avenir par moins de dépense publique ou plus d'impôts afin de diminuer le poids de la dette. Mais cela ne fonctionne pas sur le principe de "1 euro pour 1 euro" car si la stimulation fonctionne, il y aura moins de chômage donc moins de dépenses et plus de recettes pour l'Etat.

Où serait-il efficace aujourd'hui de faire jouer cet effet multiplicateur ? Difficile à dire vu le marché du crédit actuel, le stimuli risquant de rester sans effet ou juste d'empêcher plus de destructions d'emplois.

La construction ? L'effet multiplicateur y est à priori important (besoin de matières premières, main d'oeuvre facilement disponible). Mais attention, s'il n'y a pas de demande derrière, cela sera contre-productifcontre-productif (inadéquation offre-demande, ce qui conduit à une chute des prix et à un effet richesse négatif).

Les infrastructures ? Le besoin de modernisation et de nouvelles infrastructures est au niveau mondial important. Mais certains projets mettront des années à se concrétiser, ce qui fera de l'emploi sur moyen terme mais ne stimuler pas une relance en 2009. Néanmoins l'effet pourra être très bénéfique dans les pays en développement, fortement demandeur et dont les projets pourront être mené à bien rapidement (absence de démocratie = absence d'opposition aux projets gouvernementaux).

L'automobile ? La prime à la casse n'a pas d'effet multiplicateur car elle a servi à  écouler les stocks et n'a pas créé d'investissement supplémentaire. Cela a peut-être empêché plus de destructions d'emplois.

L'environnement et les énergies renouvelables ? La hausse des prix des matières premières et de l'énergie  entraîne une aversion au risque générale des industriels et particuliers quant à l'économie des ressources et la recherche d'énergie à coût moins dépendant de l'extérieur et de la demande mondiale. Stimuler cet intérêt pourrait être intéressant.

Enfin il faut se méfier des mesures protectionnistes qui consistent à investir dans les entreprises locales pour créer de l'emploi "local". Une telle attitude fera encore plus baisser le transport de biens et de personnes. Il vaut mieux, mais c'est utopique, des plans multilatéraux entre les pays, chacun "achetant" le savoir-faire de l'autre. Exemple :

Aux USA, une entreprise américaine et une autre indienne sont en concurrence pour un projet dont le budget est 10 milliards de dollar. En Inde, idem, dans un autre secteur, une entreprise indienne et américaine se disputent un projet d'un budget de 10 milliards de dollar.

Si les USA et l'Inde choisissent chacun leur entreprise nationale, il n'y a pas échange de biens, de services ou de personnes. De l'emploi est créé dans chaque pays sur le secteur où l'entreprise est positionnée. Les bénéfices des entreprises seront versés en partie aux actionnaires.

Si chaque pays choisit l'entreprise concurrente, cette dernière aura besoin d'acheminer sur place des ingénieurs, des marchandises ...  De l'emploi est créé dans chacun des pays, des entreprises annexes en profitent (porte-containersporte-containers, compagnies aériennes, hôtels, ...). Cela est plus coûteux pour l'entreprise (moins de bénéfices du fait des frais supplémentaires liés à la distance géographique) ce qui permet un investissement immédiat dans l'économie et non plus différé aux actionnaires. Par contre, ce système est moins écologique et nécessite une bonne coordination politique internationale (aucun pays ne voudra se faire "flouer").

Posté par echodelabourse à 12:02 - crise financière - Commentaires [0] - Permalien [#]
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